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Les OVNIS dans la presse quotidienne:

LA VAGUE FRANCAISE DE 1954 DANS LA PRESSE:

L'article ci-dessous est paru dans le quotidien Périgord Moun Pais, France, le 12 octobre 1954.

Lou Bilhet de Mestre Picatal

Soucoupes, fusées et cigares

IL NOUS FAUT DES MYTHES

Nous vivons, paraît-il, au siècle des lumières. La Science (avec une majuscule S.V.P.) doit pourvoir à tout et remplacer les anciens fétiches. Moi, je veux bien. Mais qu'ai-je lu dans la "Nouvelle République" de Bordeaux du 6 octobre? Ceci, que je vous relate en l'abrégeant (et c'est dommage car le sujet est savoureusement "pommé"):

    Le 1er octobre, M. Jean Defiz, 26 ans, monteur en chauffage central à Bergerac, regagnait son domicile vers 23 heures. Nuit noire, épaisse, sans une lumière à l'horizon. Brusquement, juste au-dessus de sa tête, à haute altitude, descend à une vitesse vertigineuse vers le sol une lumière intense. Ce n'est pas une étoile filante, assure M. Defiz, mais un engin ayant la forme d'une fusée qui se colore à trois reprises d'une teinte verdâtre. Les yeux rivés sur l'appareil, M. Defiz aperçoit sous la coupole noire demi-sphérique trois béquilles qui se replient lentement tandis que l'appareil, dans un sifflement d'air, reprend de la hauteur et se perd bientôt dans les nuages.

Ca n'est déjà pas mal, mais il y a mieux. Le lendemain, un voisin retraité de la S.N.C.F., M. Jean Labonne, 63 ans, découvre dans son jardin, à 22 heures, un engin lumineux ayant la forme d'un champignon et construit en plexiglass (sic).

Cédons la parole à M. Labonne:

    "Subitement, devant moi, à trois mètres à peine, paraissant m'interdire l'allée de mon jardin, une ombre.

    "Qui est là? criai-je. Qui êtes-vous? Que me voulez-vous? Je n'osais faire un pas. Au son de ma voix, la forme noire fit demi-tour, se glissa jusqu'à l'engin et, en quelques secondes, celui-ci s'éleva vers le ciel suivi d'une traînée de lumière. Je vis très nettement, sous la coupole, trois béquilles qui se repliaient. Dès l'aube, je retournais dans mon jardin, près de l'endroit où j'avais vu l'appareil. Sur la terre grasse, je découvris trois empreintes légères; mais ce qui me bouleversa le plus, c'est une floraison de champignons longs de tige, de teinte noire et inconnus dans la région qui avaient subitement poussé. Je n'osais les toucher et d'ailleurs ils se dissipèrent comme rosée aux premiers rayons du soleil."

Je me souviens qu'au cours d'une séance à la Chambre, aux environs de 1906, l'infortuné René Viviani (mort fou) déclarait dans une belle envolée (1) [1]: "Nous avons éteint dans le ciel des lumières qu'on ne rallumera plus".

Viviani se trompait: quelque chose se rallume dans le ciel, mais ô dérision, ce sont ... des soucoupes volantes!

Ne me dites surtout pas qu'à Bergerac comme ailleurs où des gens de parfaite bonne foi croient avoir vu quelque chose dans le ciel, ne me dites pas, surtout, qu'il s'agit de simple phénomènes d'hallucination. La "chose" n'existe sans doute pas en soi: elle existe pour les visionnaires qui ont besoin de croire au merveilleux.

Parce que, enfin, que propose-t-on à M. Defiz ou Labonne? Une civilisation matérialiste où le fin du fin consiste à posséder une automobile (mythe de la puissance mécanique), ou encore un frigidaire, ou bien un poste de télévision (mythe du faux confort et de la fausse culture).

Mille regrets, mais cela n'a rien à voir avec la vraie civilisation qui, au contraire, est fondée sur le dénuement et le renoncement individuels.

Les seules grandes ères hautement civilisées, je ne l'apprendrais à personne, furent les ères magdaléniennes, égyptiennes, grecques et médiévales. Pourquoi? Parce que les hommes de ces époques, animés d'une foi profonde, avaient de puissants motifs d'espérer.

Que pouvons-nous espérer aujourd'hui où, suivant le mot fameux de Nietzsche, "Dieu est mort?" Une auto, et chanter: Enfin j'ai une auto (bis) C'est épatant comme ça file...

... ou bien un démocratique Vespa [2], à moins que ce ne soit une machine à laver le linge ou à moudre le café....

C'est fort bien, mais la satiété vient vite de ce qu'on possède et qu'on peut inventorier: l'esprit reste insatisfait.

C'est pourquoi, à défaut de vrais miracles dans un siècle sans foi, nous voyons prospérer les soucoupes volantes, les "Christ de Montfavet" [3], d'innombrables petites églises ejusdem farinae [4], en attendant une nouvelle flambée de catharisme [5].

L'homme a besoin de mythes valables et le ciel est vide. Donnez-nous autre chose que des soucoupes volantes...

PICATAL
P.C.C.: Léo MAGNE

(1) N.D.L.R. -- Voici la péroraison de René Viviani, ministre du Travail du Cabinet Clemenceau (discours prononcé le 8 novembre [...]

Notes:

Dossier sur l'observation Defiz et Labonne le 1 octobre 1954 à Bergerac ici.

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Cette page a été mise à jour le 5 septembre 201